Tableau la « Sainte Famille » Eglise de Milly

Tableau la « Sainte Famille » Eglise de Milly

Tableau "Sainte Famille" église Milly

Tableau "Sainte Famille" église Milly retable Chablis Yonne

La « Sainte Famille »

En 1629, de retour d’un long séjour en Italie, Simon Vouet réalise pour l’église Saint Nicolas des Champs à Paris un retable de grande taille représentant une façade simplifiée d’une église romaine. Par effet de mode, le tableau d’autel, souvent offert par un seigneur ou un notable, devient un incontournable dans la moindre église.
Il n’est donc pas étonnant de trouver dans l’église Saint Sébastien de Milly, construite au début du XVIIIe siècle, un tableau d’autel.

Mais ce n’est que très récemment qu’il a attiré l’attention. Renaud Benoit-Cattin, conservateur du patrimoine travaillant pour la DRAC, l’identifie en 2016. En 2020, il le fait inscrire dans la base Palissy sous le numéro PM89003812 avec le descriptif suivant : Sainte Parenté d’après la Grande Sainte Famille de François 1er de Raphaël (tableau à Paris, musée du Louvre), huile sur toile XVIIe siècle.
L’original est lié au concordat de Bologne, signé en 1516 entre François 1er et le pape Léon X Médicis. Suite à la bataille victorieuse de Marignan, le roi de France est en position de force. Il obtient le droit, pour lui et ses successeurs, de décider seul de la nomination des hauts dignitaires ecclésiastiques et donc d’attribuer, selon des critères parfois plus politiques que religieux, ces postes prestigieux et lucratifs.

Le pape Léon X par Raphaël

Le pape Léon X par Raphaël

François 1er par Jean Clouet

François 1er par Jean Clouet

Le traité s’accompagne, comme le veut l’usage de l’époque, d’un mariage. Ce sera celui de Laurent de Médicis, neveu du pape avec Madeleine de la Tour d’Auvergne, fille du comte d’Auvergne, mariage donnant naissance à Catherine de Médicis. Comme cadeau, le pape commande à Raphaël trois tableaux destinés à la cour de France. Ce sont : le Grand Saint Michel, Sainte Marguerite et la Grande Sainte Famille de François 1er. Reçus par la cour de France en août 1518 et conservés au Louvre, ces tableaux sont dans la salle de peintures italiennes qui précède celle de la Joconde.  

Raphaël dispose alors à Rome du plus grand atelier de peinture de toute l’Europe, et a une position hégémonique à Rome, mais il est submergé de commandes. Cependant, ces trois œuvres sont conçues et exécutées en quelques mois et avec un soin particulier, par égard au commanditaire papal et au destinataire royal, mais aussi parce que l’artiste est désireux d’affirmer son nouveau style. Depuis son installation à Rome vers 1508, il a intégré les apports de ses deux grands rivaux, Léonard de Vinci et Michel-Ange. Il a assimilé le clair-obscur et le sfumato du premier, et la puissance plastique, la forme majestueuse et dynamique du second, aboutissant à une synthèse éminemment personnelle où les excès sont gommés au bénéfice d’un équilibre supérieur.

La Grande Sainte Famille témoigne du style tardif de Raphaël par la monumentalité des figures inspirées de Michel-Ange et la maîtrise spatiale et le luminisme sombre de Léonard de Vinci. 

Le groupe de la Vierge à l’enfant trône au milieu de la composition. Marie, dans sa robe rouge, orientée vers la gauche, assise en appui sur l’extrémité de son pied gauche chaussé d’une sandale, soutient l’Enfant Jésus, nu, sortant de son berceau en bois sculpté, dont la jambe droite est encore sur un coussin blanc à gland doré. Leurs pieds reposent sur un sol à tomettes, chiqueté de marbre, sont les seuls visibles. À la Renaissance, carrelages et tomettes participent au rendu de la perspective.

A gauche du tableau, Élisabeth, visage buriné et main calleuses, portant turban, tient serré dans ses bras le petit Saint-Jean, dont les mains jointes semblent attraper, par effet perspectif, l’auréole de Jésus.

Au-dessus de Marie, un ange porte une couronne de fleurs, célébration de la reine des Cieux ou allusion à la récente maternité de la reine Claude de France (troisième enfant mais ainé des garçons).

On aperçoit Joseph dans la partie haute à droite. Il est appuyé sur le coude gauche, le bras droit replié sous lui, dans une pose songeuse, la tête reposant sur sa main gauche repliée vers le bas, regardant vers la mère et l’enfant. Joseph semble interpréter et commenter silencieusement la scène. 

Il y a très nettement une volonté d’humaniser la scène. Même si tous les personnages saints portent une auréole, celle-ci est limitée à un cercle doré et fin. 

La composition se termine par une ouverture en haut à gauche dévoilant un petit paysage brumeux de montagnes bleutées, c’est la seule respiration. 

Pour le reste, l’influence du maniérisme est visible. Le cadrage est serré sur un grand nombre de personnages placés pratiquement sur le même plan et cela donne un effet d’étouffement. Le fond compte peu et ne creuse pas beaucoup. Raphaël veut que le regard reste sur le plan important avec un jeu de courbes et de contre-courbes qui animent la composition. On a une courbe pour la Vierge dont le corps forme un S (ligne serpentine). Sa tête est assez petite et idéalisée comme les personnages principaux. Les musculatures très dessinées, l’Enfant Jésus potelé, c’est l’influence de Michel-Ange. Dans la palette, on voit apparaître la demi-teinte. Enfin, on a un effet de clair-obscur que ne renierait pas Léonard de Vinci. La composition est dynamique : l’Enfant s’élance de son berceau, comme le Ressuscité jaillira de son tombeau, pour se précipiter dans les bras de sa mère et cet élan est déterminé par l’allégresse, même si la croix de Saint Jean symbolise la crucifixion.

François 1er par Jean Clouet

François 1er recevant la Grande Sainte Famille par Anicet Charles Lemonnier

Le pape Léon X par Raphaël

La Grande Sainte Famille par Raphaël

Raphaël sur son lit de mort et Léon X par Pierre Nolasque Bergeret

Raphaël décède le 6 avril 1520, jour du Vendredi Saint, âgé de seulement 37 ans. Un véritable roman se développe après sa mort, il est comparé à une réincarnation du Christ. Même son aspect physique, barbe et cheveux longs et raides séparés au centre, que nous connaissons par sa toile « Autoportrait avec un ami » évoque de façon troublante l’effigie du Christ. 

La Grande Sainte Famille va faire l’objet d’un grand nombre de copies, le mot copie n’ayant pas la connotation négative que nous lui attribuons aujourd’hui. La plus remarquable est réalisée par le premier assistant de Raphaël, Giulio Romano, et se trouve en Charente dans le chœur de l’église Notre Dame de Courson. Elle a été donnée par la famille de La Rochefoucauld à l’occasion d’un baptême. Une autre de très belle qualité, peinte par Jean Michelin au XVIIe (Inv. 643, MR 448) se trouve au Louvre. Mais, pour celle de l’église de Saint-Sébastien de Milly, force est de constater que nous ne connaissons ni le nom de l’auteur, ni celui du donateur, ni même la date précise de son installation.
L’engouement pour Raphaël reprend de plus belle au XIXe. Ses œuvres sont copiées sur toutes sortes de supports, les miniaturistes et les peintres sur porcelaines s’en donnent à cœur joie, les copies se vendent bien. À titre d’exemple, madame Varcollier, spécialiste du genre, vend trois copies de la Sainte Famille en 1820 (800 frs), 1830 (1.800 frs) et 1850 (2.000 frs). Autre exemple, l’église de Lamagdelaine à Cahors possède une copie de la Sainte Famille réalisée par madame Zaleska en 1891, tandis qu’au Québec un couvent de dames Augustines possède une copie déposée en 1884. Bien plus proches de nous, dans l’Yonne, les églises de Chevillon (Charny) et Coulanges la Vineuse renferment également des copies de la Sainte Famille.

Projet d’aménagement de la grande galerie au Louvre par Hubert Robert

Nom des rues de Chablis

La toute première mention de rues dans Chablis date de 1198, époque de la construction de la collégiale. Il s’agit d’un accord conclu entre le seigneur de Chablis, en l’occurrence l’abbaye Saint-Martin de Tours via les chanoines de Chablis, et l’abbaye de Pontigny. Il y est précisé que les moines de Pontigny auront « la libre jouissance de leur bâtiment situé dans le faubourg de Chablis qui est au-dessous de (ce qui signifiait alors entre) trois voyes ». Au fil des siècles, on retrouve mention de ces trois voies ou rues « proches et au-devant du prieuré Saint-Cosme ». Ces trois rues sont aujourd’hui la rue du Puits (l’ancienne rue du Saulce, où se trouvait un grand saule), la rue Jeanne d’Arc (l’ancienne rue de Saint-Côme) et la rue de Chichée. Le bâtiment cité est le site historique du cellier du petit Pontigny, aujourd’hui le domaine de l’enclos.
Un « livre rouge » de la prévôté, nommé ainsi en raison de sa couverture en cuir rouge et datant de 1429 nous est parvenu. Il recense les dîmes dues au prévôt et cite certaines rues de Chablis.

  • La rue de la Porte Auxerroise (actuelle rue Auxerroise).
  • La rue Dame Sainte, non localisée, Dame Sainte signifiant Vierge Marie.
  • La rue du Val de Colleau (Vau de Coureau), sans doute une rue du faubourg Saint-Pierre, en direction de Courgis. Le lieu-dit existe encore.
  • La rue Bouchard, non localisée.
  • La rue de la Courge, une longue rue, sans doute l’actuelle rue Jules Rathier, et son prolongement rue de Chichée
  • La rue Saint-Espain (actuelle rue du Chevalier de la Barre).
    Puis nous voyons apparaître un peu plus tard dans différents documents
  • La Grande rue tenant aux Places, devenue rue du Conduit, l’actuelle rue Paul Bert.
  • La rue des Bouchers, devenue rue des Vieilles Boucheries.
  • La rue des Orfèvres, sans doute dans le faubourg Saint-Pierre où il existe encore une rue des Argentiers.
  • La rue du Chateault (sic), devenue rue des Ecoles, l’actuelle rue Louis Bro.
  • Et plusieurs rues non localisées : la rue Bérault, la rue Levesque, la rue à la Forot, la rue des Augustins et la ruelle Borre.
    Il existe aujourd’hui 110 rues, ruelles, impasses et places dans le Chablis d’avant la fusion avec Fyé, Milly et Poinchy.
    Les anciennes rues ont souvent changé de nom, parfois plusieurs fois et souvent pour des raisons politiques (dont antimonarchisme et anticléricalisme). Par exemple, la rue Saint-Vincent, le Saint Patron des vignerons, devient à la révolution la rue Marat, du nom du député Montagnard partisan de la Terreur qui, suite à son assassinat par Charlotte Corday en juillet 1793, devient « martyr de la liberté » et icône révolutionnaire. A l’initiative des Piliers Chablisiens, la mairie rétablie son nom en 1984. Avec 27 mètres de long, c’est la rue la plus courte de Chablis.
  • La rue Laborde, s’est transformée en avenue de la Gare suite à l’arrivée du chemin de fer puis en avenue de la République quand la ligne a été fermée.
  • La rue des Tanneries est devenue rue de l’Orme puis avenue Jean-Jaurès.
  • La chaussée Saint-Sébastien s’est appelée grande rue de la Maladière, puis rue Aristide Briand puis avenue d’Oberwesel suite au jumelage Chablis Oberwesel.
  • La rue Royale est devenue la rue Victor Hugo.
  • La rue du Donjon, rue Jules Philippe.
  • La rue du Cloître, rue Etienne Dolet, puis partiellement rue Molleveaux.
  • La longue rue Saint-Côme, coupée transversalement par la rue du Panonceau, devient rue Jeanne d’Arc et rue Jean Lerouge
  • La rue des Cordonniers a été raccourcie au niveau de la rue des Fossés et prolongée en rue Porte Noël.
  • La rue de la Tour du Roi devient la rue Ernest Renan.
  • La rue des Pressoirs devient la rue Monthyon, puis la rue Robert Fèvre
  • La petite rue Saint-Martin devient rue Eusèbe Beaujean puis rue Abbé Duchâtel.
  • La grande rue de Reugny devient les rues de Reugny et de Benjamin Constant.
  • La Grande rue du Faubourg Saint-Pierre est partagée en rues Jules Rathier, Petite rue du Faubourg Saint-Pierre et Abel Hovelacque.
  • La rue du Tilleul devient rue Emile Zola.
  • La rue de l’Isle devient le quai de Reugny, le quai de l’Isle le quai Voltaire.
  • La ruelle Pic Chamon devient la rue Pinson.
  • La ruelle Monthyon, ruelle à Feu.
  • Avenue de Juillet en avenue des Enfants de Chablis

Des places aussi ont changé de nom

  • La place Napoléon est devenue place de la République
  • La place de la Mission est devenue place Lafayette
  • La place du Tilleul (autrefois du Tillet) est devenue place de la Révolution, puis du Général Gras
  • La place du Marché est devenue place Charles De Gaulle
  • La place de l’Eglise est devenue place du Regain

Certaines rues ont disparu au fil des ans et en particulier suite au bombardement du 15 juin 1940, à l’incendie qui s’en est suivi, et à la reconstruction : la rue de la Halle en partie (reste la partie rue de Lattre de Tassigny), la rue du Marché (il en reste l’impasse), la rue des deux Ponts (il en reste la rue du Pont), la rue Saint-Laurent (partie restante Rampon Léchin), la ruelle Molière, la ruelle Pilotelle. La place Emile Lamotte a été créée à l’emplacement de maisons détruites. L’aménagement du parking de la place Saint-Martin en 1967 a fait disparaître la rue de l’Ouest, la rue de l’Est et la rue de l’Echelle.
Des noms de rue évoquent des climats plantés en vigne : rue des Butteaux, rue de Montmains, rue de Séchet, rue de Châtain, rue de Beugnon, rue des Lys, rue de Séchet, rue des Epinottes, rue de Valvan.
Certaines dénominations sont simples à comprendre, rue des Moulins, des Fossés, du Four, de l’Hôpital, du Serein, de Derrière les Murs. Il en va de même pour les rues des Cordonniers, des Argentiers, des Vieilles Boucheries, des Juifs (quoique Juifs puisse avoir un sens plus large qu’aujourd’hui), rue de la Croix Duché (autrefois connue sous le nom de route de Courgis), rue du pressoir, rue des vendanges.
D’autres nécessitent d’être explicitées. Rue du Foulon renvoie à l’ancienne ferme du Foulon, et à l’autorisation donnée par la ville de Chablis vers 1829 d’y établir un foulon ou fouloir à draps. Rue du Tacot, du nom du train omnibus qui passait par Chablis. Rue de la Bretauche vient du mot brette, bretesche, sans doute une ancienne maison forte entre Chablis et Poinchy, un site archéologique a été identifié. Autre site archéologique la rue des Petits Dieux, près du lieu-dit éponyme, où ont été découvertes en 1885 deux statuettes de dieux lares, les dieux du foyer pour les romains. La rue de Moque Panier, près du lieu-dit du même nom, signifie terre pauvre, pauvre récolte. La rue de la Vieille Voie, près du lieu-dit éponyme renvoie à la voie romaine Auxerre à Tonnerre. Elle passait près de l’actuelle gendarmerie et traversait à gué le Serein près de l’actuel camping municipal pour rejoindre Collan par « la Montée de Tonnerre. »
Au fil des ans, certains noms de rue ont été déformés. La rue du Cantara était la rue du cantora, nom du chantre en latin, le responsable de la lecture et du chant à la collégiale. Le chapitre y possédait une propriété. La rue du champ du Fort était la rue du champ du Port, lieu d’entreposage des feuillettes (tonneaux) de vin avant leur départ en charrette pour le port fluvial d’Auxerre. La rue et le quai de Reugny sont une déformation de Reigny. L’abbaye de Reigny, située près de Vermenton possédait à Chablis autrefois des vignes, un cellier, et un four à proximité de l’actuel Domaine Billaud-Simon. La cour et la ruelle Hachon, en intermédiaire à Chon, renvoient à un ancien chablisien, du nom de Charton. Un autre chablisien cité en 1429, Perrin Poire, a eu une rue à son nom avant qu’elle ne devienne rue Poirin-Poire.
La construction de lotissements a fait apparaître une autre approche de noms de rue : rue des Pervenches, allée des Roses, allée des Lilas.
Trois boulevards ont été créés sur le glacis entourant les remparts, le boulevard Foy devenu Tacussel, le boulevard Jean-Jacques Rousseau devenu Ferrières (jumelage Chablis Ferrières), et le boulevard Lamarque.
Des grands hommes sont honorés. Des maréchaux ; Davout, de Lattre de Tassigny, Leclerc ; le général Lamarque, le général De Gaulle, Emile Zola, Victor Hugo, Aristide Briand, Jean Jaurès, Voltaire, Louis Pasteur. Mais aussi Paul Louis Courrier, Marcelin Berthelot, Abel Hovelacque, Ernest Renan, Benjamin Constant, Etienne Dolet, Jacques Laffitte, le Chevalier de la Barre.
D’anciens chablisiens ont leur rue : Jean Lerouge, l’abbé Foullot, Rampont Léchin, Molleveaux, Jules Rathier Jules Folliot, Jules Philippe, Joseph Tacussel, Emile Lamotte, Louis Bro, l’abbé Duchâtel, Robert Fèvre.
Une seule femme est présente parmi tous ces hommes, il s’agit de Jeanne d’Arc et elle est honorée en raison d’une légende locale. Son procès nous dit qu’elle est passée par Auxerre en 1429, de là en déduire qu’elle a dormi peu avant au prieuré Saint-Côme de Chablis, le doute est permis. Peut-être sera-t-elle rejointe un jour par Marie Soufflot, parente de l’architecte du Panthéon, donatrice et fondatrice en 1709 de la première école de filles de Chablis.
L’une des dernières rues inaugurées à Chablis est la rue de la Paix, rue de la salle « le Kimméridgien ». Elle complète la rue de l’Europe et la rue de la Liberté et nous rappelle la chance que nous avons de vivre en France…et à Chablis.

 

 

 

La porte aux fers à cheval de la collégiale St-Martin

La porte aux fers à cheval de la collégiale St-Martin

Réalisé à l’extrême fin du XIIe ou au tout début du XIIIe siècle, l’élégant portail en plein cintre qui s’ouvre sur le flanc sud de l’église collégiale Saint-Martin à Chablis abrite un chef d’œuvre unique en France. Il s’agit des portes en bois ornées d’une part de superbes pentures en fer, d’origine, et d’autre part d’une centaine de fers à cheval qui y ont été cloués.

Longues lames de métal horizontales destinées à assurer la cohésion des planches qui composent la porte, les pentures, ornées de motifs gravés, se terminent ici en larges volutes, rinceaux et figures géométriques. Ce sont de véritables chefs d’œuvre de l’art du fer forgé du Moyen Âge.

Quant aux 110  fers à cheval, ils constituent l’originalité surprenante de cette porte. On ne sait hélas les dater avec certitude, mais il se pourrait qu’ils remontent pour partie au XVIe siècle. La question reste la suivante : pourquoi clouer ces fers à la porte de l’église collégiale ?

Les anciens ont bien tenté d’y répondre; pour certains, il s’agissait des vestiges de la célèbre bataille qui, en 841, opposa les trois petits-fils de Charlemagne, Louis, Charles et Lothaire. En effet, le site de « Fontenoy », lieu de la terrible rencontre, avait été assimilé au site de la commune de « Fontenay-près-Chablis ». La thèse n’a pas eu de succès. Pourquoi accrocher les fers des chevaux des combattants à la porte de l’église de Chablis, d’ailleurs bâtie plusieurs siècles après ? Et surtout, les historiens ont identifié le lieu véritable de la bataille, à savoir Fontenoy-en-Puisaye.

Cherchons ailleurs la réponse. En Espagne, l’église catalane de San Marti (St-Martin) de Cassà del Pelràs conserve en place une porte ornée d’une dizaine de fers à cheval. En France, les archives font mention d’une porte identique à l’église St-Martin d’Herblay (Val-d’Oise), encore visible au XVIIIe siècle. Il devient alors évident qu’il s’agit d’un rituel associé au culte de saint Martin.

Martin, officier de la cavalerie romaine au IVe siècle, converti puis missionnaire, mourut évêque de Tours. En 397. Il fut ensuite honoré du titre d’« Apôtres de Gaules ». Son passé de cavalier en a fait le protecteur des chevaux, pour la protection ou la guérison desquels il était invoqué.

Reste le cas de la porte aux fers partiellement conservée au Musée Unterlinden de Colmar ; or, il s’avère qu’elle provient de l’ancienne église St-Georges ; et saint Georges est, tout comme saint Martin, un saint cavalier…

Reste que la porte de St-Martin de Chablis demeure le dernier exemple de cette dévotion en place en France et mérite à ce titre toute notre attention.

la porte aux fers à cheval de la collégiale St-Martin à Chablis

Auteur et date de rédaction : P. Wahlen, décembre 2022

Rue Marcelin Berthelot

Rue parallèle au boulevard Pasteur entre l’avenue de la Liberté, la rue de Chitry et la rue de Montmain.

Marcelin Berthelot

Pierre Eugène Marcellin Berthelot (parfois orthographié Marcelin), né le 25 octobre 1827 à Paris ou il mourut le 18 mars 1907 est un chimiste, physico-chimiste, biologiste, épistémologiste et homme politique français. A la suite de sa participation à l’effort de guerre de 1870 contre l’Allemagne, il est élu sénateur inamovible (1881-1907) et nommé ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts (1886-1887) et appelé ministre des Affaires étrangères (1895-1896). En politique, il a soutenu l’effort pour l’investissement dans les technologies nouvelles et l’aide aux populations paysannes et ouvrières. Il s’est également intéressé à la philosophique et à l’histoire des sciences en Orient.

Marcellin Berthelot est un scientifique remarquable avec une œuvre conséquente. Il est également un grand humaniste et un espérantophone et espérantiste distingué. Lauréat de l’Académie des sciences, professeur de chimie au Collège de France en 1865, membre de l’Académie de médecine, en 1863, de l’Académie des Sciences en 1873, inspecteur général de l’enseignement supérieur en 1876. Il élu secrétaire perpétuel de L’Académie des sciences en 1889. Marcellin Berthelot a été honoré des plus hautes récompenses. Son jubilé scientifique a été célébré solennellement. Il est grand-croix de la Légion d’honneur.

Il a été élu à l’Académie française le 28 juin 1900 au fauteuil 40, en remplacement de Joseph Bertrand et reçu le 2 mai 1901 par Jules Lemaitre.

Marcellin Berthelot est inhumé au Panthéon le 25 mars 1907 avec son épouse Sophie, première femme à être inhumée au Panthéon. 

Marcellin Berthelot possède un homonyme, Marcelin Berthelot (avec un seul « l »). Né en 1927 et mort en 1997, c’est un homme politique qui fut plusieurs fois député de la Seine-Saint-Denis de 1968 à 1978 et de 1988 à 1993 et maire de Saint Denis de 1971 à 1991.

Il existe en France de très nombreuses artères portant le nom de Marcellin Berthelot,

à Auxerre, Joigny et Vermenton entres autres dans le département de l’Yonne. Des lycées portent également le nom de Marcellin Berthelot.

Rue Chevalier de la Barre

Ruelle étroite située entre la rue Auxerroise et la place Saint Martin.

Le Chevalier de la Barre

Né le 12 septembre 1745 au château de La Barre, situé à Férolles-Attilly en Seine-et Marne, le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre est exécuté le 1er juillet 1766 à Abbeville à l’âge de 20 ans. Il est un jeune homme de famille noble française et condamné à la mort pour blasphème et sacrilège par le tribunal d’Abbeville, puis par la Grand-chambre du parlement de Paris. Après avoir été soumis à la question ordinaire et extraordinaire, il dut faire amende honorable, avant d’être décapité au sabre (réservé aux nobles) puis son corps fut brulé, le bourreau ayant jeté dans le bucher sur le corps un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire. François-Jean Lefebvre de La Barre est dernier exécuté pour blasphème en France.

Né dans une famille ruinée par son père, sa mère meurt alors qu’il a neuf ans et son père quand il en a dix-sept. François-Jean et son frère aîné, Jean Baptiste tous deux encore mineurs et désargentés sont envoyés à Abbeville auprès d’une parente abbesse.

L’« Affaire La Barre » débute en aout 1765 avec la découverte à Abbeville de deux actes de profanation sur un crucifix et sur une représentation du christ. Très rapidement les soupçons se portent sur quelques membres de la jeunesse aisée de la ville connus pour leurs frasques et leurs provocations. Dans un contexte dominé par la querelle qui oppose les parlements et la monarchie absolue, tous deux opposés à l’encyclopédie et aux philosophes, le contexte local n’en est pas moins absent. L’élite locale est divisée politiquement et économiquement en deux clans. Malgré l’absence de preuves contre les  accusés seul le chevalier est seul condamné à mort. Son coaccusé Gaillard d’Etallonde ayant fui en Prusse. Plusieurs personnalités interviennent auprès de Louis XV pour obtenir sa grâce du condamné, mais il refuse d’exercer son droit de grâce. La condamnation à mort de La barre  intervient peu après la réhabilitation de la mémoire de Jean Calas obtenue notamment grâce à un long combat de Voltaire.

François-Jean Lefebvre de La Barre fut extrêmement courageux  lors de son exécution.

Malade et absorbé par la défense de la cause de Pierre-Paul Sirven dans l’affaire Sirven, Voltaire s’implique avec retard dans la défense de La Barre.

L’affaire du chevalier de La barre constitue avec l’affaire Calas et l’affaire Sirven, une nouvelle occasion pour Voltaire et les philosophes des Lumières, au XVIIIe siècle, de lutter contre l’arbitraire du système judicaire et de dénoncer l’obscurantisme des ecclésiastiques.

Une déclaration, datée du 30 juillet 1766 sur le blasphème, ne prévoyait plus la peine de mort. Le chevalier de La Barre fut réhabilité par la Convention le 25 brumaire an II (15 novembre 1793)

Un monument commémoratif à la mémoire du chevalier de La Barre a été érigé en 1907 à Abbeville.

Il existe en France de nombres artères portant de nom du chevalier de La Barre, à Migennes dans l’Yonne entre autres.